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Le journal · Force du Cœur

Ce que l’on ne voit pas derrière une collecte

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Illustration : une bénévole souriante échange avec une écolière devant l’école de Hondol ; des pictogrammes de partage et de communication entourent la scène, avec les mots Transmettre, Structurer, Autonomiser

Quand on crée une association, on sait généralement pourquoi on le fait. On connaît la cause que l’on souhaite défendre, les réalités que l’on veut changer et les personnes auxquelles on espère venir en aide.

Ce que l’on mesure beaucoup moins, en revanche, c’est la difficulté de mobiliser les autres.

Car avoir une cause qui nous tient à cœur ne signifie pas nécessairement qu’elle parlera à tout le monde. Et c’est sans doute l’un des exercices les plus délicats dans la vie d’une association : comment convaincre quelqu’un de s’intéresser à une réalité qui lui est parfois totalement étrangère ?

Comment lui demander de donner de son temps, de son argent ou simplement de son attention à des personnes qu’il ne connaît pas, dans un village où il n’a jamais mis les pieds, pour une situation qui ne fait pas partie de son quotidien ?

Oser demander, même lorsqu’on doute

Lors de notre dernière campagne de collecte de fournitures scolaires en faveur des enfants de Hondol, au Cameroun, je me suis retrouvée face à cette question à plusieurs reprises.

Au moment d’envoyer certaines invitations à participer, j’ai hésité.

Je regardais certains noms en me demandant : « Mais pourquoi cette personne s’intéresserait-elle à cette collecte ? Qu’est-ce qu’elle en aura à faire, finalement ? »

Pas par manque de confiance dans notre projet. Au contraire. Je sais parfaitement pourquoi Force du Cœur existe et pourquoi nous menons ces actions.

Mais ce qui nous paraît essentiel ne l’est pas forcément aux yeux de quelqu’un qui n’a aucun lien personnel avec notre cause.

Et puis, il y avait une autre réflexion, peut-être encore plus importante, qui revenait sans cesse.

Demander de l’aide à des personnes qui en ont peut-être elles-mêmes besoin

Nous vivons une période où beaucoup de personnes doivent déjà faire des arbitrages difficiles dans leur propre vie.

Il y a celles qui travaillent, qui font attention à leurs dépenses, qui repoussent certains achats, qui comptent chaque euro. Il y a celles pour qui le mois est déjà financièrement compliqué alors que nous ne sommes que le 4.

Et moi, au milieu de tout cela, j’arrive avec mon association et ma campagne de collecte.

Je demande une participation financière. Je demande du temps. Je demande de partager une publication, de parler de notre initiative autour de soi, de s’impliquer dans une cause supplémentaire.

Alors forcément, je me pose la question : est-ce que je ne suis pas en train de solliciter des personnes qui ont, elles aussi, leurs propres difficultés à surmonter ?

Parce que derrière un contact, un abonné ou un potentiel donateur, il y a d’abord une personne. Avec ses responsabilités, ses préoccupations, ses factures et parfois des problèmes dont nous n’avons absolument pas connaissance.

C’est une réalité qu’il ne faut jamais perdre de vue lorsqu’on porte un projet associatif.

Nous défendons une cause, certes. Mais cela ne nous donne pas le droit de considérer que les autres nous doivent quelque chose.

La solidarité doit rester un choix. Jamais une obligation morale imposée à ceux qui ne peuvent pas, ou ne souhaitent pas, participer.

Et pourtant, vous avez répondu présents

C’est précisément pour toutes ces raisons que les contributions reçues lors de notre collecte ont une valeur particulière à nos yeux.

Parce que nous savons qu’elles ne sont pas nécessairement venues de personnes qui avaient de l’argent en trop.

Parce que nous savons aussi que certaines personnes ont fait le choix de consacrer une partie de leurs moyens, de leur temps ou de leur énergie à une cause qui ne les concernait pas directement.

Certaines ont participé financièrement. D’autres ont partagé notre campagne, relayé nos publications, transmis notre appel à leur entourage ou simplement pris le temps de s’intéresser à ce que nous essayons de construire.

Et tout cela compte.

Un partage ne garantit pas un don. Un message ne remplit pas un carton de fournitures. Mais il permet parfois à notre appel de parvenir à quelqu’un que nous n’aurions jamais pu toucher autrement.

Une association ne se construit pas uniquement avec des financements. Elle se construit aussi avec des relais, de la confiance, de l’attention et des personnes qui acceptent de faire circuler une initiative au-delà de son cercle de départ.

La solidarité, ce n’est pas seulement donner ce que l’on possède. C’est parfois simplement faire une place à la cause de quelqu’un d’autre.

Ce que cette campagne nous rappelle

Les contributions que nous avons réussi à réunir ne font évidemment pas disparaître les besoins auxquels nous souhaitons répondre.

Une collecte ne résout pas, à elle seule, les difficultés matérielles rencontrées par les familles. Et nous savons que le travail de Force du Cœur ne se limite pas à une campagne ou à une distribution de fournitures scolaires.

Mais chaque mobilisation nous permet d’avancer. Elle nous oblige aussi à réfléchir à notre manière de communiquer, de solliciter, de remercier et de construire une relation durable avec celles et ceux qui choisissent de nous accompagner.

Elle nous rappelle surtout quelque chose de fondamental : nous ne devons jamais considérer un don comme acquis, ni un soutien comme automatique.

Même lorsque notre cause nous semble évidente.

Même lorsque les besoins sont importants.

Même lorsque nous aimerions pouvoir faire davantage.

Alors, tout simplement, merci.

Merci à celles et ceux qui ont donné.

Merci à celles et ceux qui ont partagé.

Merci aux personnes qui ont parlé de notre collecte autour d’elles, parfois sans même connaître personnellement les enfants auxquels elle était destinée.

Merci à celles et ceux qui ont pris le temps de lire, d’écouter et de comprendre notre démarche.

Et merci également aux personnes qui nous ont encouragés, même lorsqu’elles n’étaient pas en mesure de contribuer.

Dans une période où chacun a déjà beaucoup à porter, nous mesurons d’autant plus la valeur de ce que vous avez choisi de nous accorder.

Vous n’étiez pas obligés de participer. Vous n’aviez aucune dette envers notre association. Certains d’entre vous n’ont peut-être même aucun lien avec le Cameroun ou avec Hondol.

Et pourtant, vous avez décidé de vous intéresser à ce que nous faisions.

C’est peut-être cela, finalement, qui me touche le plus.

On parle souvent de la générosité à travers les montants collectés. Mais derrière ces chiffres, il y a avant tout des décisions individuelles. Celle de ne pas passer son chemin. Celle de tendre la main, même modestement. Celle de considérer qu’une difficulté peut mériter notre attention, même lorsqu’elle se trouve à des milliers de kilomètres.

Alors, au nom de Force du Cœur, merci pour cette confiance.

Nous savons ce qu’elle représente. Et nous avons la responsabilité d’en être dignes.

Force du Cœur

Parce que la solidarité n’exige pas de partager la même histoire pour choisir d’y prendre part.


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